Aurore

4 mars 2016

Par Fanny Jane

Catégorie : Articles

Que quatre secondes, parfois cinq, d’inertie amnésique suivent le réveil et teintent mon existence d’un vide exaltant, que quelques secondes que je tente chaque fois d’agripper, de ne pas laisser se dissoudre en cendres pour ensuite s’envoler, que quelques secondes pendant lesquelles tout le contenu de mon âme forme un océan complètement statique dont le déferlement des vagues se remet inévitablement en branle avec la même force qu’il y a une quinzaine de secondes lorsque je rêvais, un rêve récurrent dans lequel je n’arrive pas à partir pour me rendre là où j’ai rendez-vous, dans celui-ci en particulier, je devais quitter la maison il y a plusieurs heures pour retrouver une amie, mais j’ai commencé à tailler un citronnier et je ne suis jamais partie, le ronronnement du siamois à mes pieds fait son chemin jusqu’à mes oreilles, je me souviens qu’on est samedi, que je peux paresser avec lui sous les couvertures aussi longtemps que je le veux, que je pourrai plus tard me promener sans où aller, que je m’arrêterai sûrement chez un libraire, mais que je ne pourrai rien acheter, pas tant que le panier près du lit est rempli de livres lus aux deux tiers, et comme je le fais toujours, je me dirigerai vers la section des romans d’ici pour voir si ton œuvre s’est élargie, rituel absurde vu ton décès il y a plusieurs années mais immanquable, je me tourne, m’enfouis le visage dans l’oreiller un instant, puis me souviens qu’on est le cinq de mars, bonne fête Nelly.