Cher traducteur d’expérience,

7 juin 2021

Par Edgar

Catégorie : Articles

il y a déjà quelques années, tu as choisi la pige pour pratiquer ton métier… Et tu as aimé ça! Adepte du pyjama ou chantre du complet cravate, amoureux d’un chat – boule ronronnante blottie sous ton écran – ou fidèle à un chien – compagnon te protégeant d’une sournoise sédentarité –, parent de petits êtres à accompagner ou enfant de parents âgés à rassurer, citadin d’un quartier animé dont tu as exploré tous les cafés équipé de ton portable ou ermite retiré dans une forêt dont les oiseaux te charment, soliste invétéré ou équipier entouré de collègues tout aussi pigistes que toi, tu étais bien, et tu pensais que c’était pour toujours.

Mais il s’est passé quelque chose. Insidieusement, tu ne saurais dire exactement quand, tu as commencé à t’ennuyer. Les enfants sont partis? Le petit chat est mort? Les mandats ont perdu de leur intérêt? Toujours est-il que tu as décidé qu’il était temps de faire le saut et de travailler en cabinet. Séduit par la réputation d’Edgar, tu t’es risqué à présenter ta candidature, peut-être très sûr de toi, peut-être plutôt tremblant devant la perspective de passer un examen de traduction après tant d’années. Mais tu as plongé : tu as pris ton courage à deux mains, tu as envoyé ton CV, tu as réussi un test, puis deux, et tu as été embauché.

Et tu te retrouves un beau matin assis dans le scriptorium1, entouré d’une belle jeunesse qui a les deux tiers, voire la moitié de ton âge, et tu es content. Ça va te ravigoter, te remettre en forme, te rajeunir le cerveau, t’obliger à sortir de tes habitudes, à retrouver une agilité qui s’était un peu éteinte. Dans les semaines à venir, il t’arrivera peut-être d’être surpris par la belle assurance de cette jeunesse qui tranche les problèmes à coups de « wiki » (une nouvelle arme dont tu ne savais rien2), mais tu garderas pour toi ton étonnement, tu te couleras tout doucement dans cette culture nouvelle pour toi, et jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, tu comprendras ce qui a mené ce cher Edgar là où il est : des méthodes solides, une machine efficace et bien huilée, une clientèle exigeante et fidèle, et surtout une entraide omniprésente entre des traducteurs à la fois avides d’apprentissages et doués de multiples talents, aimant la fête autant que le travail bien fait, capables de discuter de questions de langue pointues et même de te dépanner quand, malgré ton expérience de vieux routier, tu buteras sur un passage alambiqué.

L’énergie que tu mettras à les connaître et à les apprécier, les Edgariens te la rendront au centuple. Ils t’ouvriront les bras, heureux de pouvoir compter sur ton regard différent et puiser dans ton savoir encyclopédique. Ils t’apprivoiseront et t’adopteront, et tu feras de même. Et au bout de quelques années, quand tu regarderas en arrière, tu te diras que, décidément, tu as bien fait de te laisser séduire.

Anouk Jaccarini


1 Impressionnante, cette aire commune éminemment silencieuse où se retrouvent quotidiennement les traducteurs!

2 Tu comprendras bien vite le rôle de ce recueil collectif de règles et de méthodes.