Le Pentathlon des neiges

20 mars 2019

Par Edgar

Catégorie : Articles

Pier-Etienne Coulombe

2 mars 2019

Vous dites que faire le pentathlon seul représente tout un défi physique? Je réponds que c’est tout autant un défi de gestion de projet. Vélo, course, ski de fond, patin et raquette ne sont pas des sports qu’on enchaînerait naturellement un samedi matin même si les plaines d’Abraham nous y invitent allégrement. Mais vous avez raison, au terme des 27,4 km passés à mouliner, courir et glisser sur les plaines, les jambes sont prêtes à capituler – sauf que pour se rendre au bout de la distance, les muscles ne suffisent pas, il faut aussi une préparation logistique sans faille. C’est pourquoi je vous ferai d’abord le compte rendu de ma préparation avant de parler de la course en tant que telle.

La semaine avant la course

Voici une liste d’épicerie des choses à faire.

  • S’assurer que la mécanique du vélo est en ordre. Rien de plus plate que des freins qui ne fonctionnent pas en descendant la côte Gilmour. Citation d’un cycliste en train de descendre la côte Gilmour sans freins : « Y’a rien de plus plate que ça. »
  • Aller faire un tour du parcours de ski de fond. Comme le ski est ma faiblesse entre les cinq sports, ça m’aide de faire un tour du parcours quelques jours avant. En même temps, ça me permet aussi de me rappeler à quel point il y a des côtes à monter et à quel point je vais souffrir rendu là. Donc, ça m’aide, mais pas dans le sens que ça me rassure. En tout cas, je me comprends.
  • Farter les skis. Si tu ne fartes pas tes skis avant la course, tu ne peux pas dire comme les fondeurs professionnels que ta mauvaise performance est liée au mauvais fartage. Donc c’est important de les farter, bien ou mal.
  • Aller faire quelques tours sur l’anneau de glace. Comme je n’ai pas patiné une seule fois de l’année, je me dis que ce serait bien d’enfiler mes lames nordiques au moins une fois avant la course d’un coup que je me rappellerais plus comment faire. Bonne nouvelle : je me rappelle comment faire.
  • Aller courir deux ou trois fois dans la semaine à rythme très tranquille et choisir quelles espadrilles chausser le jour de la course. Il y a un choix à faire entre légèreté et adhérence. Ça ne semble pas si compliqué que ça dit comme ça. Je vous confirme que ça l’est.
  • Manger beaucoup de pain et de pâtes. Certaines études disent qu’un bon carb load pour quelqu’un de ma taille consiste à manger l’équivalent de 48 toasts dans les deux jours précédents l’épreuve. À part des pois verts, il n’y a pas grand-chose que tu peux en manger 48 sans que ça te fasse un effet.
  • Pratiquer la séquence d’enlevage et de mettage de bottes/espadrilles cinq ou six fois. Idéalement il ne faut pas trop de spectateurs pendant cette répétition parce que personne ne trouve ça normal de voir quelqu’un mettre des bottes de ski de fond comme si le feu était pris.

Le jour de la course

Prenez un vélo, des skis de fond, des bâtons de ski de fond, deux paires d’espadrilles, des lames de patin (ou des patins tout court), un casque, quatre paires de gants, des raquettes, du linge de rechange, un peu de bouffe et une bouteille d’eau. Non, pour vrai, prenez tout ça dans vos mains en même temps. C’est de ça qu’ont l’air les pentathlètes se dirigeant vers le site. Certains d’entre eux (comme moi) ont la chance d’avoir de l’aide pour transporter tout ce matériel, mais d’autres le font seul. Je pense que dans leur cas, être capable de se rendre à la ligne de départ est le principal objectif de la journée.

Une fois arrivé dans la zone de transition, chaque participant a un espace qui lui est assigné pour déposer tout son matériel. Ça prend une trentaine de minutes pour disposer l’équipement au bon endroit pour éviter de perdre du temps pendant la course.

Il faut mettre les gels et les électrolytes à un endroit accessible sans que ce soit dans les jambes et gérer les quatre paires de gants à utiliser pendant la course. Il faut aussi prévoir où ira le vélo en revenant de la première épreuve pour éviter de le déposer dans les skis du voisin, et tu veux aussi que tes skis à toi ne se ramassent pas pris en dessous de ta chaise dans toutes tes manœuvres. Le plus gros risque : oublier de remettre son casque en partant pour l’épreuve de patin. Un autre risque, moins grave mais plus gênant, c’est d’oublier d’enlever le casque en partant en raquettes. Bref, c’est tout un défi de planification et de visualisation, mais ça change tout quand c’est bien fait.

La course

Une fois toute la logistique réglée, ne reste plus qu’à se lancer sur le parcours. Comme j’en étais à ma deuxième participation en solo, j’ai pu ajuster mon approche cette année et j’ai terminé la course avec la sensation d’avoir mieux géré mon effort.

J’ai gagné quelques secondes par rapport à mon temps de l’année passée, mais le parcours était un peu différent, donc je ne sais pas si c’est vraiment comparable. Une chose est sûre, j’ai amélioré mon classement en passant de la huitième à la cinquième place. Certains diront que j’ai terminé pas loin du podium, mais je vous confirme que les sept minutes qui me séparent de la troisième place sont loin d’être faciles à aller chercher.

Je termine sur quelques observations faites pendant la course.

  • En descendant la côte en vélo, il y a un panneau qui affiche la vitesse et c’est quand même comique de voir qu’on ne respecte pas du tout la limite de vitesse permise.
  • Le pentathlète moyen va se demander à peu près 35 fois pourquoi ils ont appelé ça des plaines. Plus particulièrement en montant la côte au bout du parcours de ski de fond.
  • Il y a 12 tours à faire sur l’anneau de glace et mon cerveau n’est pas capable de compter jusqu’à 12 comme il faut. Rendu au 8e tour ou à peu près, il y a toujours un doute : 8e ou 9e? Heureusement il y a un grand écran qui affiche les noms et le nombre de tours à partir du 10e. Entre tous les écrans dont on peut dépendre dans la vie, moi, c’est de celui-là que je dépends le plus.
  • Qui aime vraiment courir en raquettes? Personne.