L’homme fort d’Edgar

19 juin 2015

Par Edgar

Catégorie : Entrevues

Vous avez lu le portrait de Dominique Locas sur notre site Web et croyez déjà tout savoir sur lui? Détrompez-vous! Apprenez que ce surprenant traducteur et réviseur s’entraîne depuis plusieurs mois déjà en vue du St-AdelFORCE, une compétition d’hommes forts qui aura lieu à Saint-Adelphe du 26 au 28 juin. Notre grand lecteur d’Homère participait aussi l’an dernier au Festi-Force Louis-Cyr de Saint-Jean-de-Matha.

Dominique, on sait que tu t’entraînais depuis un bon moment, mais comment t’est venue l’idée de participer à des compétitions d’hommes forts?

Un coup de tête! Le Festi-Force se tenait le 9 août, et j’ai décidé d’y aller une semaine avant (on s’inscrivait sur place). Mon entraînement était axé sur la force depuis un peu plus d’un an, et j’étais rendu à un niveau qu’on pourrait qualifier d’intermédiaire. Pour ceux que ça pourrait intéresser, on peut évaluer son niveau à http://strengthlevel.com/. J’aime beaucoup ce moteur d’évaluation; on y constate par exemple qu’une femme de 105 livres qui soulèverait 225 livres une fois au « deadlift » serait « Advanced to Elite » (4,71 sur une échelle de 1 à 5). Pour pouvoir me péter les bretelles autant qu’elle, compte tenu de ma taille, il me faudrait soulever… 535 livres! (Ce que je serais TRÈS heureux d’accomplir, peut-être même plus tôt que je le pense!)

Arrivé à la ville de Louis Cyr, j’étais nerveux parce que je n’avais jamais touché à ce matériel-là, mais j’ai terminé les trois épreuves : Méli-mélo composé d’une Marche du fermier à 230 livres par main sur 50 pieds et d’une Bascule d’un pneu de 650 livres, aussi sur 50 pieds; Tirage sur 100 pieds d’une palette chargée de 380 livres (plus le poids de la palette); enfin, les fameuses Pierres d’Atlas (100, 150, 200, 250 et 300 livres – je me suis rendu à la 250, que j’ai soulevée sans toutefois réussir à la hisser sur le socle). La technique me faisait défaut, mais j’ai beaucoup appris en regardant faire les autres; même si je ne participais pas à la finale du lendemain, je suis revenu y assister, et j’en ai profité pour m’exercer un peu avec le matériel. C’est une compétition idéale pour qui débute en strongman, et il y a une catégorie pour les moins de 200 livres. J’y retourne d’ailleurs cette année.

En quoi le St-AdelFORCE se distingue-t-il des autres compétitions d’hommes forts?

C’est plutôt le Festi‑Force qui est différent : le St-AdelForce, c’est le niveau amateur de calibre provincial, c’est‑à‑dire que la compétition sera plus relevée et les charges, lourdes en conséquence. Les épreuves sont plus variées aussi. Je serai mieux préparé. Gagner? Si je réussis seulement à terminer toutes les épreuves, j’aurai gagné en ce qui me concerne! Il reste que je vais me mesurer à des athlètes plus avancés que moi : même si je pèse autant que Greg the Hammer Valentine ou le Honky Tonk Man, il y aura des Road Warriors dans le lot… et je n’aurai pas Jimmy Hart et son Megaphone pour m’encourager! Je vais être un peu comme un Rick Martel au Royal Rumble en 1991 : pas le temps de faire des « jumping jacks »!

Sur le site du St-AdelFORCE, on n’a que récemment dévoilé la liste des épreuves : crucifix, deadlift, méli-mélo (« deux objets à transporter plus yoke », écrit-on), Prise d’Hercule, Fingal’s fingers, medley d’épaules, lancer du baril et Pierres d’Atlas. L’ordre dans lequel elles auront lieu demeure cependant inconnu jusqu’au jour de la compétition. Est-ce une pratique courante? Est-ce que des épreuves semblables reviennent d’une compétition à l’autre?

Oui, c’est très fréquent. C’est ce qui distingue le strongman de l’haltérophilie et du powerlifting. Les épreuves changent beaucoup d’une fois à l’autre. Je peux me faire une idée en visionnant des vidéos des éditions précédentes sur YouTube, sachant que les mêmes épreuves ont tendance à revenir tous les deux ou trois ans. Exemple : l’an passé, il n’y avait pas de Marches de l’Enfer, épreuve qui consiste à monter en haut de cinq marches trois espèces de grosses cloches munies d’une poignée, de la plus légère à la plus lourde (on parle ici de 360, 400 et 440 livres). Je me prépare avec des épreuves qui ratissent large et dont j’ai le matériel à portée de main. Deux exemples : m’exercer à la marche du fermier va aussi m’aider pour la brouette ou le « Yoke » (un énorme joug qu’on doit transporter sur les épaules, histoire de donner vie à l’expression « fort comme un bœuf »); marcher avec deux gros dumbbells contre le haut de mes cuisses (un peu comme un canard – ce doit être drôle à voir!) améliore ma capacité de porter des objets aussi lourds qu’hétéroclites!

Quelle est ton épreuve préférée? Et celle que tu aimes le moins?

J’aime la Marche du fermier; mon premier contact fut un choc brutal en pleine compétition, mais passé la surprise d’avoir si facilement soulevé les charges, je me suis tout de suite senti à l’aise. Par ailleurs, j’espère qu’il y aura un « Car Deadlift » au St‑AdelForce, car je suis très curieux de savoir ce qu’on éprouve quand on force pour soulever une voiture. Les épreuves que j’aime le moins sont les développés à bout de bras. En fait, j’adore m’y entraîner, c’est juste que je ne suis pas particulièrement doué sous ce rapport; ces épreuves vont me faire la vie dure! Ce sont 230 ou 250 livres (entre 104 et 113 kilos pour les fans de Rusev) qui m’attendent à la compétition, et, même si j’ai le droit de pousser avec mes jambes (ce qu’on appelle un « push press »), ces charges sont extrêmement lourdes pour mon niveau actuel. Si je parviens d’ici le 27 juin à exécuter 5 répétitions à 205 livres ou, mieux encore, 3 x 225 livres, alors oui, je pourrai espérer lever les charges de compétition, adrénaline aidant. Il faut être réaliste et s’entraîner avec des barres qu’on peut manier, mais faut pas être pissou non plus!

Quels liens fais-tu entre ta discipline et la traduction?

Traduire… soulever une charge limite… L’un et l’autre exigent une grande force mentale. S’améliorer exige discipline et persévérance, comme dans tout art. La passion est un énorme facteur, qui fait redoubler d’ardeur pour maximiser son talent naturel. Depuis le début de ma carrière, je considère la traduction professionnelle comme un sport intellectuel de haut niveau. C’est seulement quand je ne vais pas bien que mon travail revêt des connotations négatives « à 25 cennes ». Peu de gens savent qu’avant de me lancer à la pige en 2006, je m’étais systématiquement entraîné tous les jours pendant plusieurs mois, parallèlement à mes études. Par exemple, j’avais pris l’habitude de lire des publications de bonne tenue et de souligner les bons tours idiomatiques. La formation autodidacte est ma principale méthode pédagogique depuis le primaire.

Le strongman est un sport qui peut exiger une bonne dose d’intelligence : au début, c’est facile; tu t’entraînes, tu te reposes, puis, une ou deux montagnes de spaghettis plus tard, te voilà un peu plus costaud. Mais quand tu es rendu à 500 livres au soulevé de terre, comment passer à 600? C’est un niveau atteignable pour quelqu’un de ma taille, mais ce n’est plus si simple. Il ne suffit pas de crier « Viking Power » en se donnant deux ou trois tapes sur le « chest »! Tôt ou tard, ça prend un bon plan.

Les sports de force sont plus rarement pratiqués que le golf ou la course à pied, mais dans le fond, je ne suis pas tellement différent du golfeur qui veut améliorer son jeu. Que de joie pour celui qui cale un oiselet; que de joie quand je réussis un lever avec 5 ou 10 livres de plus! Quand j’exécute mes séries d’échauffement avant d’y aller d’une série limite, l’effervescence monte à chaque « plate » que j’ajoute; ma perruche à collier sent cette animation et s’agite un peu plus dans sa cage. Tout ce travail et ces émotions m’ont peu à peu rendu capable de faire bouger mes charges actuelles (sans intervention de Yoda ni sort de Papa Shango). Je trouve ça tout de même assez fascinant. Quand on dit « Untel est fort » ou « Untel n’est pas fort », l’usage du présent implique une permanence qui n’a pas grand-chose à voir avec les réalités biologiques! Parce que la chair n’est pas du marbre.

Dominique soulève « une charge plutôt facile ».
Dominique soulève « une charge plutôt facile ».