Préface du Traducteur encore plus averti

21 septembre 2016

Par Edgar

Catégorie : Nouvelles

C’est en novembre 2016 que sortira Le traducteur encore plus averti, qui constitue en quelque sorte le tome II du Traducteur averti, guide de traduction bien connu de notre vice-président François Lavallée. Nous vous livrons ici en primeur un extrait de la préface rédigée pour cet ouvrage par Jean Delisle, professeur émérite à l’Université d’Ottawa et auteur de La traduction raisonnée, qui exprime bien l’essence de la philosophie traductionnelle de François Lavallée.


[…] Concrètement, le traducteur doit se méfier des automatismes, des solutions de facilité, des « tics de traducteur », des formules passe-partout. […] S’il est facile de traduire, bien traduire l’est moins. Cette compétence, rarement innée, a son prix. On devient traducteur et, généralement, cela ne se fait pas sans effort. Ni sans aide.

C’est ici que l’ouvrage de François Lavallée se révèle utile, voire indispensable. Ce n’est pas l’œuvre d’un père Fouettard qui multiplie les interdits, les restrictions et les « dites, ne dites pas » culpabilisants. L’auteur ne se livre pas à une chasse aux sorcières lexicales et n’a rien d’un « curé aux oreilles écorchées » ni d’un « monomaniaque du français », qualificatifs dont les tenants du « néo-libéralisme linguistique » affublent ceux qui s’efforcent de parler et d’écrire une langue expurgée de ses anglicismes inutiles.

François Lavallée a une vision plus positive, plus constructive des choses. Au lieu de cataloguer les défauts d’une « mauvaise » traduction, il fait découvrir les qualités d’une traduction réussie, sans jamais adopter une posture dogmatique ni imposer un corset de règles ou de principes astreignants. Le pari est tenu.

En effet, l’auteur accompagne avec bienveillance celui qui veut améliorer sa maîtrise de la langue en lui prodiguant mille et un conseils tirés de son expérience et de celle de collègues de travail, et en l’orientant vers des pistes de solution insoupçonnées dans la forêt des possibilités. Il débusque des équivalences françaises dissimulées sous la frondaison des mots anglais et auxquelles le traducteur ne pense pas spontanément. Traduire signifie bien dire la même chose que le texte original, mais cela ne signifie pas pour autant dire les choses de la même façon.

[…] Le traducteur n’est ni l’esclave des parties du discours, ni un adepte de l’à peu près. Cela aussi François Lavallée l’a parfaitement compris, car il est pénétré de cette conviction profonde que l’équivalence de traduction s’établit très souvent dans la différence.

[…] Là où la machine à traduire rend maladroitement la phrase Please confirm your specific schedule with your Manager par « S’il vous plaît confirmer votre horaire spécifique avec votre Manager », le traducteur averti sait réexprimer le sens véritable de cet énoncé de manière claire, juste et idiomatique : « Veuillez faire approuver votre horaire personnel par votre supérieur. » On mesure ici tout l’écart qui sépare le robot de la réflexion intelligente d’un maître traducteur. La partie sera toujours inégale, le robot battu d’avance.

[…] En refermant ce deuxième recueil riche en conseils, on ne voit plus la langue française soumise à la traduction comme une réalité figée, asservie à une autre langue et difficilement malléable. On découvre, au contraire, à quel point cette langue recèle des trésors d’expression, joyaux qui échapperont toujours à une machine à traduire.

François Lavallée invite les traducteurs à se dépasser, à réagir contre l’affadissement qui guette la langue française massivement traduite en contexte canadien. Si une majorité de traducteurs le suivaient, la profession tout entière en sortirait gagnante et la langue française ne s’en porterait que mieux. Car le constat auquel est arrivé Pierre Daviault en 1944 reste d’actualité : « La langue sera dans une large mesure, ce que sera la traduction. »  

En somme, Le traducteur encore plus averti est un soluté tonifiant dont les étudiants et les traducteurs voudront certainement retirer tous les bienfaits en se branchant au goutte-à-goutte d’une lecture lente et réfléchie. C’est par ce genre de perfusion que se transmet l’expérience d’un traducteur chevronné et amoureux de sa langue et de sa profession.

 

Jean Delisle, MSRC
Professeur émérite
Université d’Ottawa


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