Sésame et zamboni

21 décembre 2018

Par Geneviève H

Catégorie : Articles

L’autre jour, dans mon cours de coréen, l’enseignante nous parlait d’un verbe employé pour décrire la nourriture. « C’est difficile à expliquer, ça ne se traduit pas vraiment... »

Il n’en fallait pas plus pour capter mon attention.

C’était le verbe 고소하다  (gosohada), dont le sens est « qui dégage un arôme alléchant, qui sent bon le sésame, qui est savoureux ou qui a un goût de noix ». On l’utilise pour décrire un plat qui a une odeur appétissante, spécialement les mets frits (même s’ils ne contiennent aucune huile de sésame).

Une odeur précise m’est tout de suite venue à l’esprit : celle de la poutine d’aréna (qui n’a rien à voir avec la poutine de cafétéria, soit dit en passant). S’il y a bien un parfum qui a marqué mes souvenirs, c’est sans contredit celui-là.

Car j’en ai passé du temps dans les arénas! J’étais de ces rinks rats* qui traînent toujours dans les parages. Et « traîner », c’est vite dit : quand je n’étais pas sur la glace en train de jouer au hockey ou de m’entraîner avec mon équipe, j’allais voir les parties de ma sœur, de mes amis ou du (localement) célèbre club de Junior C, ou alors je travaillais à la cantine (où j’ai pu apprivoiser à plein nez la sublime odeur de frites croustillantes et – entre les hordes de peewee assoiffés de slush – parfaire ma propre technique pour perpétuer la digne tradition de la poutine d’aréna).

J’étais aussi bénévole chaque année au tournoi qu’organisait ma ligue. Des journées entières à la patinoire (devinez ce qu’on mangeait?) à trancher des oranges et à vendre des billets de moitié-moitié. De temps en temps, j’avais l’insigne honneur de contrôler le panneau indicateur ou encore – si j’étais chanceuse – de choisir la musique qui résonnerait entre les jeux.

Deux soirs par semaine, je travaillais à l’école de hockey de mon père, à enseigner les virages brusques, le patin en croisé et le maniement de rondelle**.

Et l’été – vous ne pensiez quand même pas que c’était relâche l’été! –, je travaillais encore à l’école pendant les dernières semaines d’août. Après avoir attaché des centaines de patins***, mes mains étaient suffisamment endurcies pour affronter la saison à venir.

Pour moi, l’aréna est le lieu le plus réconfortant qui soit. J’ai dû en visiter une cinquantaine partout en Ontario****; et chaque fois, je me sens chez moi. D’ailleurs, à ce jour, je n’ai pas trouvé de meilleur remède contre les maux de tête que l’air frais d’un aréna. Ni de meilleure collation que la poutine d’aréna, qui sent si bon. Comme une odeur de sésame, qu’y disent.


* À noter que j’étais aussi rat de bibliothèque... mais là s’arrêtent mes filiations avec les rongeurs.

** Ça me rappelle qu’un jour, au beau milieu d’une explication qui se voulait en français, j’ai été prise d’une angoisse existentielle parce que je ne connaissais pas le terme français pour hash marks (et là, voyez-vous, je ne m’en souviens plus non plus! Cue le cas de conscience.) Y’a aussi la fois où j’ai dû quitter la glace le nez en sang parce que j’avais reçu le bâton d’un élève dans la figure. Mais ça, c’est une autre histoire (dont la morale est : toujours se munir de mouchoirs!).

*** Une amie m’a déjà dit, en me voyant lacer mes espadrilles, que je les attachais serrées comme des patins. Question d’habitude, faut croire.

**** Saviez-vous qu’il y a un gi-gan-tes-que portrait de la reine dans l’aréna de Kingston? Et qu’à Belleville le banc des joueurs est en bois et compte DEUX ÉTAGES?