Trente bougies et autant de petites fleurs

4 juillet 2016

Par Fanny Jane

Catégorie : Articles

À travers le champ parsemé de petites mauves, de boutons d’or et de saules, nous nous promenons main dans la main.

La chaleur de juin, qui s’installe sur la pointe des pieds, se fait sentir dans le creux de nos cous et nous rappelle les étés tantôt de chlore, tantôt de sel où dansaient avec nous les lucioles. Les anniversaires de batailles d’eau, les châteaux de sable et les soirées à jouer dans le grenier. Elle me rappelle, à moi, la fois que je t’ai rencontrée, la première fois que je t’ai regardée et que j’ai vu dans le reflet d’un miroir une image contraire à la mienne. Que j’ai été effrayée par ta vulnérabilité que j’allais devoir protéger de la malice des petits bourreaux de cour d’école et de la mienne, qui frappe en bourrasque. Que j’ai craint l’enclenchement du cercle vicieux d’amour entremêlé de haine qui caractérise l’union des âmes opposées se trouvant sur le même chemin.

À propos des âmes, as-tu su ce que ces femmes, qui disent voir les auras, les morts et les anges gardiens, ont dit à propos des nôtres? Qu’elles vaguaient ensemble, d’un siècle à l’autre, depuis des lunes. Que peut-être ma tête à cornes, celle de mon âme plutôt et sa gueule de dogue, qui enfonce ses crocs pour ne démordre que lorsque s’en écoule le dernier mot, te seraient utiles, t’apprendraient quelque chose. C’est bien la seule chose logique qui explique pourquoi deux âmes aussi différentes se trouveraient sur le même chemin, non?

Non. À l’abri des lubies, une théorie s’impose : si le moine et le sociopathe élisent chacun domicile aux antipodes de l’éventail des Hommes capables d’aimer leur prochain, de se montrer empathiques, il suffit de déployer l’éventail à 360 degrés, de le rendre circulaire pour que le moine et le sociopathe se retrouvent à la fois diamétralement opposés et dos à dos, côte à côte ou, sait-on jamais, main dans la main. Les âmes opposées auraient donc plus en commun qu’on ne l’aurait cru, se feraient face pour voir dans un miroir une image contraire à la leur.

Par cette journée tiède de juin, je contemple dans le reflet du miroir cet être pour qui l’amour inconditionnel ne s’effrite jamais au détriment de la bonace. Je sais depuis quelque temps que, peu importe les années ou les siècles passés ensemble, j’ai moi aussi quelque chose à apprendre de son âme qui, face au jet de l’opprobre, devient manchote. Nous continuons de nous promener main dans la main, Odile et Odette, à travers le champ parsemé de petites mauves, de boutons d’or et de saules.